Cette semaine, l’équipe Ludocare a interviewé le Dr David Drummond, Chef de Clinique Assistant au Service de pneumologie et d’allergologie pédiatrique de l’hôpital Necker à Paris. Il nous livre son point de vue sur l’utilisation des nouvelles technologies en complément des traitements contre l’asthme, notamment son utilisation de Joe, qu’il a récemment testé.

Vous êtes pédiatre spécialisé en pneumologie à l’hôpital Necker, vous voyez beaucoup d’enfants asthmatiques. Pouvez-vous nous réexpliquer ce qu’est l’observance ?

Dr Drummond : « L’Organisation Mondiale de la Santé définit l’observance comme “la mesure avec laquelle les comportements d’une personne devant prendre un médicament, suivre un régime alimentaire et/ou changer de mode de vie correspondent aux recommandations convenues avec un professionnel de santé”. Dans l’asthme de l’enfant, l’observance englobe à la fois le respect de la prise quotidienne du traitement de fond s’il est nécessaire, une bonne technique d’inhalation du médicament, et des mesures environnementales (arrêt du tabagisme parental). »

Dans l’asthme il a été publié que l’observance moyenne des traitements contre l’asthme était inférieure à 50% ! Quelles sont d’après vous les causes principales de cette mauvaise observance ? 

Dr Drummond : « Les causes de non-observance sont multiples. On peut globalement les regrouper en deux catégories. D’une part il y a la non-observance dite “intentionnelle”. Le parent ou l’enfant choisit de ne pas prendre son traitement, ou de ne pas appliquer les mesures conseillées par le médecin. Les principales causes de non-observance intentionnelle sont une mauvaise compréhension de l’utilité du traitement, l’absence de sentiment d’efficacité du traitement, la crainte des effets indésirables associés au traitement, et chez l’adolescent la peur d’être stigmatisé du fait de la prise d’un traitement. D’autre part, il y a l’observance “non-intentionnelle”. C’est simplement le fait d’oublier de prendre son traitement, sans mauvaise volonté. C’est extrêmement fréquent. » 


Pourquoi l’observance est-elle particulièrement critique chez les patients asthmatiques, et en particulier chez l’enfant ?

Dr Drummond : « L’observance du traitement est importante car les médicaments inhalés comportant des corticoïdes inhalés permettent chez les enfants asthmatiques d’éviter des crises d’asthme, et donc des consultations aux urgences pédiatriques, des hospitalisations. Mais pour que cela fonctionne, il faut que le traitement soit pris tous les jours, souvent matin et soir, ce qui est contraignant pour l’enfant et sa famille. »

Vous être en permanence à l’affût des nouvelles technologies qui pourraient aider les patients asthmatiques. Que pensez-vous de la controverse sur les écrans chez les jeunes enfants ? Quel peut-être le rôle des écrans pour les jeunes enfants malades ? 

Dr Drummond : « Concernant la problématique des écrans chez l’enfant, je trouve que les recommandations du groupe de pédiatrie générale à destination des pédiatres et des familles sont très à propos car très mesurées, ce qui est rare dans ce débat. Elles rappellent des règles de bon sens: ce sont aux parents de fixer les règles d’utilisation des écrans pour leurs enfants, en commençant par définir des temps sans aucun écran (repas, sommeil). Les parents doivent montrer l’exemple en consacrant eux-même du temps sans écran à leurs enfants. Les écrans ne doivent pas être diabolisés, mais leur utilisation doit faire partie intégrante de l’éducation de l’enfant.Dans le domaine médical, les écrans nous aident beaucoup: ils permettent de distraire des enfants même très jeunes lors d’un soin douloureux ou d’un examen un peu long comme une échographie. Notre équipe a évalué l’utilisation d’écrans chez des enfants âgés de 1 à 3 ans qui hurlaient lors de la prise du traitement de fond. L’utilisation transitoire de dessins animés pendant une semaine permettait de passer de plus de 90% du temps de pleurs à 10%, pour une durée moyenne de 30 secondes de dessin animé. Cela permettait à la famille de dédramatiser la prise du traitement de fond, et plusieurs familles nous ont dit qu’ils avaient ensuite pu arrêter d’utiliser les dessins animés dans la mesure où le stress familial autour de la prise du traitement avait été désamorcé. »


Vous êtes à l’origine d’un jeu d’éducation thérapeutique, afin d’aider les familles à mieux gérer les crises d’asthme. Pourquoi avoir choisi le format du jeu pour faire passer vos messages ?

Dr Drummond : « Nous voulions avoir un outil pédagogique efficace, et pour cela nous nous sommes basés sur les 4 piliers de l’apprentissage identifiés par le neuroscientifique Stanislas Dehaene: attention, interactivité, retour d’information, consolidation. Ces 4 piliers sont tous présents dans les jeux vidéo sérieux: ces jeux captent l’attention, sont interactifs par nature, proposent sans cesse un retour d’information sur les actions bien ou mal réalisées par le joueur (barre de score, gain de monnaie, etc.), et chaque niveau demande à être rejoué autant de fois que nécessaire avant de passer au niveau suivant, consolidant ainsi les apprentissages. Le jeu que nous proposons reste néanmoins avant tout un jeu vidéo “sérieux”. L’objectif n’est pas de s’amuser, mais que ce jeu baptisé “Effic’Asthme” disponible gratuitement sur l’Apple Store et Google Play puisse permettre aux parents d’apprendre à gérer les premières étapes d’une crise d’asthme de leur enfant survenant à domicile. »

Vous avez équipé un de vos patients avec JOE, pouvez-vous nous dire en quoi, selon vous, JOE est une solution utile pour les enfants et les parents ?

Dr Drummond : « JOE m’a intéressé à deux titres. D’abord, JOE est un dispositif ludique de support à la prise du traitement: il va rappeler à l’enfant qu’il est l’heure de prendre son traitement. Il agit donc sur la non-observance non-intentionnelle, c’est à dire les “oublis” qui sont fréquents. Les études scientifiques montrent que les dispositifs de support à la prise du traitement ont souvent de bons résultats sur l’observance. Ensuite, JOE reprend avec l’enfant la technique d’inhalation, qui est rarement maîtrisée. Même chez les parents, une étude que nous avons menée a montré que 60% faisaient au moins une erreur lors de l’administration du traitement inhalé. Or une bonne technique d’inhalation est primordiale pour que le produit se dépose au fond des bronches de l’enfant et qu’il soit ainsi efficace. Enfin, je dois dire que l’enfant que j’ai équipé a tout de suite apprécié JOE, et qu’il ne s’en est pas lassé au bout d’un mois d’utilisation, ce qui est une vraie performance de l’équipe qui l’a conçu. »

Propos recueillis par l’équipe Ludocare, qui remercie le Dr Drummond pour son temps et sa patience.